12 août 2020

Les plus beaux des poèmes

Les plus beaux des poèmes sont ceux jamais écrits

Ceux que l'esprit entrevoit l'espace d'un instant

Ceux qui se laissent, au détour d'une pensée traînant,

Approcher au hasard de voyages inconscients

Ceux que l'on fait en rêve avant d'en perdre le récit

Ceux que l'on suit parfois dans le dédale de circonvolutions

Propre à chaque matrice à poésie

Ceux qui nous font l'effet d'une révolution

Avant même que notre cœur artisan

Succède à l'architecte qui en perdra les plans.


Ces poèmes non-faits,

tournés mille fois dans les méandres de l'esprit

modelés, polis, puis jetés sur le seuil de l'oubli

Ces poèmes parfaits

aux sons purs, qui ne sont qu'harmonie,

complétude, paradoxe du silence de leur mélodie,

 

On croit les composer du jour comme de nuit

On croit les posséder, tout comprendre à leurs sons

Au moindre tintement gracieux, aux résonances

On croit en maîtriser l'ensemble des nuances

On veut les capturer dans nos compositions

On se voit en orfèvre de leur alliage de sens,

De sueur, d'ornement, d'oripeau, et de science,

On se croit pousser un marteau et une forge 

On s'entend déjà les clamer à pleine gorge

 

Mais,

 

Sans notes pour les fixer, sans bouche et sans oreilles

Sans eau pour y plonger les vers rouge vermeil

Ces poèmes non-faits, ces poèmes parfaits

Échappent à nos mains, échappent à tout jamais

Et fuient en feux follets que l'audace effarouche

On ne les retient pas dans le vent qui les mouche.

 

Enfin, les vers que l'esprit cherche à recréer

Se perdent. Ils étaient marteaux et rivets, 

Ils étaient enclume et tenaille ; les paumes

Les ont laissé choir en un royaume

Dont on n'emporte rien que des regrets

Des tâches de couleurs, et des poèmes imparfaits.



 

16 avril 2017

Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais

b-e-a-u-t-é ———— f-o-l-i-e-s

blond vénitien d’un éclat si vif
e l’eleganza gli sorride — ecco
avec aux lèvres un grain de sel
unique, ode dans le défi adouci
tant qu’un lys sait qu’ce rebelle
étend l’accès aux pays endormis

bientôt l’été, la fleur qui fait soif
est un safran aux reflets d’risotto
autrement dit zafferano, en pistil
une hymne écrite à la finesse ici
très proche du cœur, et toi l’élue
écoutes-tu les joies des jeux tus
?

— Miejiriel, mars-avril 2017

10 avril 2017

Le bruit semant des sons

Nous sommes les bruissements dans la forêt du monde,
Les hêtres qui échappent aux hurlements des loups
Qui grondent. Nous sommes la vermine positive qui grignote
Les piliers de l’ancien gouvernail, debout !
Nous sommes les voiles riantes d’un nouveau navire
Qui vole en déchirant les airs, riches d’espoirs.
Debout vers – vers quoi ? Vers les sommets du rire !
Cessons de ramper, soumis si on ne se fait pas plaisir sur la planète
Terre. À croquer des memento mori et des memento vivere
Car chaque lever de montagne est la promesse d’un lendemain sur l’aplat net.

– Miejiriel, avril 2017

31 mars 2017

Là où l'on s'attend

Passerelle qui vibre au vent au-dessus du courant
Les gens marchent sans se presser pourtant
L’air s’emplit du bruit des autos
Puis reflète un ciel gris dans l’eau, tôt.

C’est là où l’on s’attend.

Est-il faux de croire à l’éternité ?
Il faut se mettre à nu − s’déshabiller
Comme la surface de l’eau qui dort limpide et profonde
Pour crever la peur, rendre les choses fécondes.

C’est là où l’on s’attend.

Il existe mille déclinaisons du verbe marcher
Mais le plus souvent chacun fait aller
Son train, d’un point à un autre, est-ce que ça va ?
On enjambe seul ou à deux. Jusque… à… dvienne que pourra.

C’est là où l’on s’attend.

Appuyé sur le garde-fou des limites du pont,
Des limites de soi ; on passe le cap des saisons
Pour déambuler courageusement entre les toits
Et presser dans sa paume l’entrelacs des doigts.

C’est là où l’on s’attend.

Là où l’on ne fait pas de promesses
Car on ne parie pas sur des tresses
La patience étendra son empire au-delà des vestiges
Et déjà elle anime un présent tout armé de vertige.

C’est là où l’on s’attend sans jugement
Pour aller vivre une ère adulte
Où il est permis de briller comme deux diamants
Qui s’éveillent. Le charbon, ils en résultent.

— Miejiriel, mars 2017