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19 novembre 2021

Art poétique

 

Une question se pose dans le siècle où nous sommes

Qu’en croire ? À qui se fier ? Quand on a foi en l’homme…

Doit-on pour ses idées, faut-il pour ses écrits

Remercier la Muse ? Est-ce elle qui s’écrit :

« Hé, poète ! Ho, l’ami ! Tu parleras d’amour

Chanteras la beauté, les saisons, la nature.

Je ne t’inspirerai que des sentiments purs

Et par toi renaîtront les temps des troubadours ! »

Est-ce Calliope chantant d’une voix claire ?

Ou est-ce de Clio, aux secrets populaires ?

Est-ce auprès d’Erato au parfum de violette ?

Est-ce Euterpe jouant un air de clarinette ?

Ou Melpomène qui pleure, gémit, soupire ?

Est-ce de Polymnie, pourvoyant l’éloquence ?

Ou bien de Terpsichore comptant les pas de danse ?

Est-ce grâce à Thalie, forçant mille sourires ?

Ou Uranie montrant le trait de la comète ?

Aux murmures desquelles s’abreuvent les poètes ?


Non je ne crois pas ce délicieux délire.

Il n’y a favori à qui la Muse inspire

De doux vers, bien réglés, balancés et brillants

Comme les cheveux d’or d’un bébé babillant.

Non vraiment, pour ma part je n’entends de message

Divin ni ne suis un canal, un vulgaire passage

Possédé par les dieux. Et pourquoi ? J’ai deux mains :

La technique est mon art, et cet art mon dessein.


C’est donc avec ardeur, travail de chair et d’os

Seul dans les profondeurs, en veule Héphaïstos

Abandonné des dieux, rejeté par les hommes

Que je forge des vers, dans une hideuse forme,

Dans un sombre caveau où les lumières meurent

C’est là — dans le feu de la forge, à sa lueur, —

Que je frappe des vers sur l’enclume électrique

Du clavier… à l’écran, crépitant numérique.

Pour redresser ces vers aux rythmes grimaçants

C’est bien là que je frappe leurs défauts rougeoyants

Redressant un à un leurs traits, les caractères,

Je les fais apparaître ou retourne en arrière

Pour rétablir un peu leurs rimes tortueuses

Je les tourne et retourne en martelant les touches,

Retour, espace, entrée, jusqu’à ce que s’affiche

La ligne nonpareille : une lame aiguisée

Dont le tranchant n’est rien sans la pointe rimée

C’est ainsi que j’écroue une épée de syllabes

En paroles d’acier, en dodécasyllabes

Avant de la tremper fumante et incarnat

Dans l’eau dormante des cristaux de l’écran plat.


Toute brumeuse encore, à peine refroidie,

J’en bats à l’instant trois, puis une rhapsodie :

Je ne peux plus cesser ce tourbillon de mots.

Cet acier, tout ce fer, fondus qui aussitôt

Jaillissent sur la page et fondent dans le moule

L’alliage de paroles incessantes s’écoule

Je ne peux étouffer ce brasier qui s’agite

La fournaise du lieu, tout ce feu qui m’habite.


J’en fais des bataillons rangés en enfilades,

Aux lames aiguisées prêtes pour l’estocade

J’en cingle des milliers parées pour cette guerre

Aux cœurs lourds, à la banalité, au vulgaire.

Fabriquer des épées de mots et de doux sons

Est pour moi le moyen de percer de frissons,

Toucher les cœurs sans heurt, caresser le mental,

De ceux qui ont perdu l’espoir fondamental.


C’est ainsi et sans dieu que naissent mes poèmes

Je les dédie bien sûr à tous les gens que j’aime.

15 juin 2021

Zone commerciale // Zone (Apollinaire)

 Zone commerciale

À la fin tu es las de ce monde moderne


Ô volumes sans âme autour vos paisibles parkings voient paître les voitures


Tu regardes le ciel car il n’y a plus rien de naturel ici bas


Ici l’antiquité n’a pas quarante ans : les voies urbaines

Ont remplacé les romaines par du bitume rayé de blanc

Parkings au sol ou aériens vides la plupart du temps


L’européen le plus moderne c’est vous monsieur Rabhi

À la pointe d’une Ardèche décroissante en autonomie

Avec vos écoles alternatives hors-système où l’on va en calèche

Seul vous serez capables de refonder les villages

À l’ancienne solidaires heureux et tu y crois toi

Pauvre consommateur de la pensée révolutionnaire

Mais les stagiaires naïfs esclaves et les esprits questionneurs en doutent


La grande surface fait sa salutation au soleil

Sans attendre l’aurore ni l’argent qui viendra de toute façon

Abreuver les caisses automatiques au paiement sans contact avec le vivant

Elle est zen pas inquiète car son avenir est tout tracé à s’étendre toujours

La respiration profonde de cette kermesse commence tôt

Le samedi matin lorsque tu fais ton yoga

Les petites vieilles les nouveaux pauvres et la masse sans nom

Se lèvent pour Danette et s’attroupent là parce qu’il faut bien remplir le frigo


Toutes les voitures se tournent alors vers les zones commerciales

Et prient avec ferveur le Diesel en redoutant le caprice des dieux Saoudiens

Et toi qui trottine vers le marché bio du centre-ville

Bercé par les rares criées et le tintements des tasses de café

Tu surprends la conversation de quelques bobos et mamies

Toi, toi qui cherche les paniers des petits producteurs locaux

Ces temples de consommation te semblent une énigme

Plus grande encore que les villas et les thermes de Vaison.

10 octobre 2020

Ce que j'aurais aimé lui dire

 

J’ai peur de croiser ton regard

Car je sais qu’il est beau 

Tes yeux, ta bouche, ta peau,

Tout m’attire chez toi et pourtant mon regard

Fuit toujours le tien.


J’ai peur de prendre ta main dans la mienne

Car je sais qu’elle est douce

Mes mains sont parcourues de secousses

Elles ont si peur des tiennes

Qu’elles fuient ton contact.


Quand je suis près de toi j’ai plaisir à sentir ta chaleur, ton parfum, ta présence

Quand je suis près de toi j’ai si peur que mon cœur qui résonne

Brise le silence qui nous sépare, trahisse la combustion au carbone

Qui fait flamber mon ventre & engourdit mes sens

Qui m’assomme, me dévore, et fait claquer mon sang, bon sang

Quand je suis près de toi j’ai les mains moites

Tellement j’ai envie que tu saches ce que je ressens

Pour toi ; au fond de ma petite boîte

Crânienne

J’aime tant la joie et la beauté que j’en ai peur des tiennes

Surtout si tu ne réponds pas à mon « je t’aime ».

12 août 2020

Les plus beaux des poèmes

Les plus beaux des poèmes sont ceux jamais écrits

Ceux que l'esprit entrevoit l'espace d'un instant

Ceux qui se laissent, au détour d'une pensée traînant,

Approcher au hasard de voyages inconscients

Ceux que l'on fait en rêve avant d'en perdre le récit

Ceux que l'on suit parfois dans le dédale de circonvolutions

Propre à chaque matrice à poésie

Ceux qui nous font l'effet d'une révolution

Avant même que notre cœur artisan

Succède à l'architecte qui en perdra les plans.


Ces poèmes non-faits,

tournés mille fois dans les méandres de l'esprit

modelés, polis, puis jetés sur le seuil de l'oubli

Ces poèmes parfaits

aux sons purs, qui ne sont qu'harmonie,

complétude, paradoxe du silence de leur mélodie,

 

On croit les composer du jour comme de nuit

On croit les posséder, tout comprendre à leurs sons

Au moindre tintement gracieux, aux résonances

On croit en maîtriser l'ensemble des nuances

On veut les capturer dans nos compositions

On se voit en orfèvre de leur alliage de sens,

De sueur, d'ornement, d'oripeau, et de science,

On se croit pousser un marteau et une forge 

On s'entend déjà les clamer à pleine gorge

 

Mais,

 

Sans notes pour les fixer, sans bouche et sans oreilles

Sans eau pour y plonger les vers rouge vermeil

Ces poèmes non-faits, ces poèmes parfaits

Échappent à nos mains, échappent à tout jamais

Et fuient en feux follets que l'audace effarouche

On ne les retient pas dans le vent qui les mouche.

 

Enfin, les vers que l'esprit cherche à recréer

Se perdent. Ils étaient marteaux et rivets, 

Ils étaient enclume et tenaille ; les paumes

Les ont laissé choir en un royaume

Dont on n'emporte rien que des regrets

Des tâches de couleurs, et des poèmes imparfaits.



 

16 avril 2017

Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais

b-e-a-u-t-é ———— f-o-l-i-e-s

blond vénitien d’un éclat si vif
e l’eleganza gli sorride — ecco
avec aux lèvres un grain de sel
unique, ode dans le défi adouci
tant qu’un lys sait qu’ce rebelle
étend l’accès aux pays endormis

bientôt l’été, la fleur qui fait soif
est un safran aux reflets d’risotto
autrement dit zafferano, en pistil
une hymne écrite à la finesse ici
très proche du cœur, et toi l’élue
écoutes-tu les joies des jeux tus
?

— Miejiriel, mars-avril 2017

31 mars 2017

Là où l'on s'attend

Passerelle qui vibre au vent au-dessus du courant
Les gens marchent sans se presser pourtant
L’air s’emplit du bruit des autos
Puis reflète un ciel gris dans l’eau, tôt.

C’est là où l’on s’attend.

Est-il faux de croire à l’éternité ?
Il faut se mettre à nu − s’déshabiller
Comme la surface de l’eau qui dort limpide et profonde
Pour crever la peur, rendre les choses fécondes.

C’est là où l’on s’attend.

Il existe mille déclinaisons du verbe marcher
Mais le plus souvent chacun fait aller
Son train, d’un point à un autre, est-ce que ça va ?
On enjambe seul ou à deux. Jusque… à… dvienne que pourra.

C’est là où l’on s’attend.

Appuyé sur le garde-fou des limites du pont,
Des limites de soi ; on passe le cap des saisons
Pour déambuler courageusement entre les toits
Et presser dans sa paume l’entrelacs des doigts.

C’est là où l’on s’attend.

Là où l’on ne fait pas de promesses
Car on ne parie pas sur des tresses
La patience étendra son empire au-delà des vestiges
Et déjà elle anime un présent tout armé de vertige.

C’est là où l’on s’attend sans jugement
Pour aller vivre une ère adulte
Où il est permis de briller comme deux diamants
Qui s’éveillent. Le charbon, ils en résultent.

— Miejiriel, mars 2017

27 mars 2017

Vite, est-ce que tu vas vite ?

1 0 0 0 / h — >> s vitesse que tu vas bien vite !
Mille kilomètres à l’heure. À l’heure où le personnage qui vous parle se dévisage et perd son âge, c’est le vent qui dévisse – ni sage, ni malhonnête – et hurle au dehors à mille kilomètres à l’heure. Il souffle et glace les visages d’étain. Alors la vie intérieure perd son fard au moment où les phares quittent la route pour révéler au grand jour ce que l’on écoute : son muscle en forme de roue qui tourne, ce cœur qui bat, de roi semeur d’amour. Il sort juste d’avoir été dans la brume, inondé de bitume amer, et pourtant ça repart déjà sur des chapeaux de roues au-dedans. Du bonheur qui souffle à mille kilomètres heure !
vite, est-ce que tu vas bien ? vite ! s << — h / 0 0 0 1

15 mars 2017

Le sel de ta main


Le sel de ta main est une encre que je veux tatouer en creux sous ma peau d’ortie. D’ordinaire loin des suies de cheminées je suis les chemins de fleurs dans la carrière du monde souterrain résonnant du silence de tes cris. Mais le sable crisse autour des rouages et la porte qui grince me rappelle sans cesse bon gré, mal grès, qu’elle veut rester ouverte car elle bat la chamade comme un cœur qui crépite entre deux coups de faucille − c’est le choc des dents et la chatte cherche le contact d’une peau chlorophylle. Fille de l’intense, je te crève le ventre et pourtant c’est la chair de l’épaule qu’on dévore − va, geins ! et rougis d’appétit au creux des cous comme aux jeux des joues. Oui, ici le vin des lèvres soulève le bassin et coule dans le palais, c’est le vin qu’on suce quand le bordeaux tumultueux coule sur la douceur, violemment emportée dans les rapides. Plus d’afflux de bateau glissant sur la rade, c’est le tourbillon des mains immenses qui ceignent et enserrent tes courbes solennelles. Ô papillons jaunes et noirs enivrants les regards, vous êtes robes et tu les portes bien mieux au soleil de l’insolence − envolés. Ne sois pas docile car si j’ai balayé devant ma porte c’est pour qu’en clignotant tes cils m’apportent le bonheur et qu’en cette nature elles poussent à nouveau, sauvages, l’hyacinthe d’Apollon et la joie légitime sur la feuille de vigne. L’escargot traîne, béat, entre les cuisses de grenouilles qu’il embrasse comme son royaume car il est partout et nulle part sous la pluie de tes fluides avant de cliquer sur l’appli de ta faune. Qu’il aille flore défricher aux territoires inconnus qu’il explore, et implore de ses râles l’affamée amante − élu dôme, ici l’ange, son sein.

5 mars 2017

Vers Je et Tu émue ? 2/

Je,
muet.
Tu,
émue.
Le vers-je est — de tous — le plus éminemment
Personnel, droit, érotique et intime
Et si on l’écoute il veut aller faire des rimes
— Se mettre en couple — avec le seul vers-tu, évidemment
Que la poésie perd ses vers dans le confort, intérieur !
Chaleureux, étriqué dans la douce montagne inversée,
Évidemment que l’afflux étourdissant du jus — eau si électrifiée —
Transperce vers je-tu, remonte où filent les heures !
Et que la soirée unisse un vertige aveuglant,
À demi-mot, la bouche reposant sur l’amas de douceur
Du cou, du coussin et du sein qui, sans excès, s’exprime en perle de sueur.
Se permet-on de réjouir l’instant ?
Tu
est
Jeu
Alors, est-ce que tu joues ? — oui, l’ami !
La vie est joueuse, la joue soyeuse

Et le regard qu’aucun — ne perçoit que l’intéressé.e.

Poêtre Miejiriel — février-mars 2017

16 février 2017

Vers Je et Tu, émue ? 1/

Je,
mue et
Tu,
émue ?
Lorsque le vers-je se déverse dans le vers-tu, on accède au vertige :
Le silence de l'orgue, asthme à tic-tac, tic-tac, tic-tac… C'est une électrique traque et le regard songe, polisson, à la ni… à l'anis étoilé. Ô rêt ! veille à la culb… À la c… couverture tricotée et rêve nue, trac du lever de faux rideaux qui se courbe, il en fit la con… et sans se retourner, le leva et vit un vœux − lut duvet en tout honneur − la main sûre, une bosse… sacrée came à soute rase et si près en plus ! La chevauchée jeunesse que l'on sait me raconte qu'unis vers cette intime idée les doigts mouillés la chatouillent et la main pas sage sous tes reins à moins que ce ne soit l'impasse à jeux souterrains. On les dit amants car à la fin de l'or gicle en destinée magiquement à la voie lactée. Il souhaite en feinte rencontrer… une ex… tazzé, il expire assis. On voit, l'étendue, l'actuelle nymphe de paille, et l'homme brave ; là les douze sœurs de l'abbé Z. J'eus rétréci.

Poêtre Miejiriel — février 2017

31 janvier 2017

La tortue rouge

La tortue rouge


C'est, veuillez bien le croire,
La créature qu'un homme abandonné mais combatif
Torturé par la faim, la solitude et les échecs successifs,
Tua de rage et de désespoir, un peu sans le vouloir.
Rouge de honte, rongé par le remord,
Genou en terre, il pleura cette mort.


Là il endura l'événement douloureux ;
Torpeur lui passa lorsque l'animal mystique, phénix ressuscité,
Tulipe sans racines, se changea en compagne de ses doux vœux,
Rousse fleur qui devint et mère et fiancée
Jeune reflet de l'océan envoyé pour guérir

L'amère plaie et son délire.
Torche flambant, sa raison retrouvée s'accommoda de l'illusion ;
Tumultueux animal totémique qui, sans prétention,
Rouvre en nous la réflexion : est-ce une allégorie
Généreuse sur le déroulement de nos vies ?




18 janvier 2017

Sofia di vita

Je voulais être une île de cendres
sur les décombres d'une ancienne guerre,
rangée aux combles de la rue inhabitée par ma solitude.

Mais au milieu de cela, tu m'as souri.

Je voulais être une ancre de plomb,
or en guise de plomb j'ai surpris un chant de tendresse
et tes yeux vers moi : sons d'émeraudes, sons cristallins.
Tous les cygnes convergent - vert, le miroir du lac -
puis en sort celle qui file hors de l'eau sous la nue.
Et les cygnes accourent, rident l'eau
tout autour d'eux, et l'amusent - la fée rit -
les ailes brûlent qu'on les lave 
et tissent une robe de plumes.

Maintenant je voudrais plonger dans ses cieux, par delà l'éventail de ses longs cils, ô Sophie !
Maintenant je voudrais boire la lie-cœur,
battant la chamade à ses lèvres dociles, ô Sophie !
Et je voudrais lui dire aussi que je la trouve belle aujourd'hui !
Mais il paraît que l'on dit pas cela à une fille, ô Sophie,
sans s'attirer la méfiance des autres jours.
Alors je la dirai rebelle aujourd'hui
et on se fera la bise.

Je voudrais l'attirer tout contre moi mais je danse sur ce fil, ô Sophie,

de l'inconnue réaction.
Je voudrais aussi qu'elle m'apprécie au point d'exclamation,
qu'on se déclare la guerre inoffensive des armées de compliments,
la guerre non-violente des regards profonds et tactiles,
la guerre sans la guerre, qui ne tue que les doutes que l'on se crée.
Mais je crains encore qu'à ce jeu difficile, ô Sophie,
la peur du ridicule
et celle du risque, ce fantôme qui me suit,
ne réapparaisse à chaque instant de la nuit.
Je voudrais qu'elle et moi nous trouvions un territoire neutre,
c'est-à-dire une terre-île-toit nôtre,
où avancer nos pions fragiles, ô Sophie,
sans besoin de conquête,
mais je redoute la mécanique sans cœur
du papier à musique réglé sur le quotidien.
Je voudrais qu'elle et moi nous fussions nomades, hordiers, crevettes agiles, ô Sophie, squatteurs du même coquillage et non plus crabes carapaçonnés.

Car je suis bien décidé à me couper les pinces, sans une larme de crocodile, ô Sophie
Et à lui ouvrir les portes de chez moi, à cette fille, ô Sophie.

— Miejiriel, janvier 2017

15 janvier 2017

De cire

Les mots « toujours » et « jamais » n'appartiennent qu'aux poètes et aux romantiques. Ce sont deux sires qui ne s'adressent qu'aux poètes et aux romantiques. Et je ne suis ni l’un ni l’autre. Aujourd'hui j’ai renoncé à être poète pour n'être qu’homme parmi les hommes, bougie parmi les bougies.
Apprendre à te connaître a allumé la flamme mais il n'a pas d'étincelle que l'on aperçoit. Apprendre à te connaître est le piège que je me suis tendu car il me préserve de ne t'aimer jamais ; et je vais t'expliquer pourquoi je ne peux t'aimer toujours. 

Les mots « toujours » et « jamais » sont massifs, ce sont des montagnes amassées. Ces sons, deux syllabes : des mots qui élèvent, mais qui créent autant de vide, qui créent des falaises, des pics, des gouffres, des néants sous les pieds des marcheurs solitaires qui croient gravir toujours alors qu’ils s’enfoncent à jamais. 

Aussi je leur préfère des mots moins abrupts. Je préfère des mots aux contours plus doux, les mots de lune tombés en cristaux sur l’instant. Je préfère les mots légers cueillis comme au temps des cerises.
Je préfère l’aujourd’hui avec sa porte ouverte sur toi — mais jusqu’à quand ? Ni jamais ouverte, ni toujours fermée. Ni close à jamais. Mi-close. Je préfère les promesses d'un entrebaillement, une porte « peut-être ». 

Toujours, jamais : deux mots démons auxquels tout le monde rêve et que la plupart craignent malgré tout. Toujours, jamais : deux mots démons auxquels tout le monde rêve et que l’on oublie au réveil. L'exclusion qu'ils profèrent se range au grenier, dans le creux nié de l’inconscient. 

Pour toi, mon amour d'un instant, ils sont hors de portée car la promesse d’un tout se paie d’une patience égale à son intensité. Elle se paie d'un saut dans le vide qu'ils ont jeté. Le temps qui précède « je t’aimerai toujours » est si long qu’il faut le vivre pour le croire et quand, enfin vieux, nous serons encore ensemble par la force d’une promesse d’amour éphémère, sans lendemain, quand, enfin vieux, nous nous tiendrons encore par la main, quand, enfin vieux, nous pourrons regarder en arrière sans rien changer à la fugacité de notre danse, alors seulement nous approcherons de la définition du mot « toujours ». C'est pourquoi je ne peux promettre de t’aimer toujours sans t’avoir déjà aimé tous les jours. 

Je préfère aux temps éternels, la fragile beauté de tes imperfections, et leur hasards aussi, caméléons d’un jour sur l’autre. Je préfère à la noblesse, la poésie du monde réel que l’on trouve dans la chaleur d'un pet satiné, dans la nature d'un maquille-âge mal étalé, dans l’harmonie d’une ride au coin des yeux et là où peu à peu se creuse l’ombre des joues. Je préfère au modèle de perfection cirée pendue à nos yeux, la fragile élégance de ton corps mystérieusement changeant au fil du temps. Je préfère à la piste damée, polie et lissée par trop d'artifices, l'unique hors-piste inégalable de tes courbes. À l'illusion de la teinte, les étoiles d'argent et de neige tombées sur la touffe vivace et la chevelure sauvage. Aux simulacres, le réalisme du temps qui nous rapproche tous…

À choisir je préfère ne t'aimer qu'aujourd'hui, qu'en cet instant plein de vie. Parce que t'aimer toujours est un souhait que j'ai tu. Vois alors qu'il est encore impossible en ce jour premier de savoir si jamais on s'aimera toujours. À choisir je préfère ne t'aimer qu’un battement d’ailes. Parce que son unique onde de choc sera infiniment répercutée sur moi, sur demain, surlendemain et peut-être pour toujours. Qui sait ?

— Miejiriel, janvier 2017

5 décembre 2016

La légende de l'être-nuit

Légende de l’être-nuit

(suggestion musicale)

C’était un soir d’octobre quatre-vingt dix-neuf
Il était un enfant comme tous les autres
Jusqu’à sa transfiguration en être neuf.

— Au dehors,
Le carnage de la tempête écrasait les poutres
Le vent râlait, ce loup vorace,
Et l’orage rugissait, comme un rubis qu’on craque —
/   /
¯/ ¯/
C’était un soir d’octobre quatre-vingt dix-neuf
Il était un enfant comme tous les autres
Rêvant à ses héros — et amoureux d’une fille
— Comme il ne le fut plus jamais —

— Au dehors,
Le carnage de la tempête éclatait les poutres
Soudain ! — un bruit sourd — bris de verre et de coquille —
Et l’arbre qui criait — j’en ai plus rien à foutre ! »
— Avant de se jeter à terre —
/   /
¯/ ¯/
Lorsque le regard du garçon croisa — dans un hasard —
Le zèbre du tonnerre et cent ciels lézardés
— Comme des pur-sang à bout de course
Dans le firmament —
Un éclair s’abattit — avec force et fracas —
Crayonnant la nuit jusqu’à
Lui.
/   /
¯/ ¯/
Ce soir-là —
Il fut frappé d’obscurité magnétique
— d’un coup — de foudre ! —
Il luisit — invisible aux yeux de tous, sauf elle —
Elle — se nommait Électre — lui Silke
Ils devinrent Électrilkes — une seconde —
Avant de disparaitre — tu dis, pars, es — dans un clignotement —
/   /
¯/ ¯/
Ce soir-là —
Lui et la nuit ne firent plus qu’un —
Ce fut l’amour-foudre au premier flash
Les deux paratonnerres fusionnèrent
— Sans un son — en un seul être
Et son corps fut consumé — réduit
en cendres froides —
Phénix — éphémère — dans une éclipse éternelle
Désormais il serait ombre à qui plus rien ne nuit.
/   /
¯/ ¯/
Désormais il serait ombre immortelle,
— une graine de poussière — éclose dans le vide
Désormais il serait ombre immortelle
Dévoreuse des orbes de cauchemars.
/   /
¯/ ¯/
Depuis ce temps on lui prête ce caractère
Impulsif — nocturne — impérieux —
À vif — colérique — mystérieux —
De l'éclair qui jaillit, du jeune foudre qui s'exaspère
Mais aussi
Le calme apparent — la douceur enveloppante —
Le cocon de soir— l’obscure renaissance
De la suprême invitation au songe
— et à déambuler sous la lune —
Comme un voile de nuages
— Sur le navire nocturne —
/   /
¯/ ¯/
C’était un soir d’octobre quatre-vingt dix-neuf — vers minuit
Il était un enfant comme tous les autres
Jusqu’à sa transfiguration en être-nuit.
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L’infini vers ôté de l’infiniment songe.

1 décembre 2016

Toujours le regard

Toujours le regard ensorcelle — aux yeux clairs —
Mais
Le jour se garde d’oser clairement changer tout sel en or.

Journée d’Orcel, le rouge art.

Ne rajouter les ors rouges de ses lèvres qu’aux étincils — si beaux yeux —
De son regard en vous, tendu
Comme un fil haut (potentiellement électrique) sauf, ici.

Cello rose en dragée, tu rougis.

Drague, tel un ours lent ? je sors — si eux osent y voir clair —
Mais
Moi aussi j’essaie un peu d’étinceler au jeu sorcier de l’âme ou du hasard.

Jour sans regard, étournelle.

Toujours le regard ensorcelle — aux yeux clairs —
Mais
Le jour se garde d’oser changer pourtant d’univers, celle en or.

23 novembre 2016

Ils vécurent enfermés sur une île de sérieux

Voici un poème dans une forme assez classique, cependant, une autre version existe ici où chacun pourra recréer le sens qu’il souhaite y trouver par une lecture tout à fait personnelle et non contrainte.

Une fois la folle nuit d’amour consommée
On a mis la folie d’amour en cage
Et on te l’a confiée les yeux fermés.
Depuis, Laure, on en est rongé :

— Ô vampire satisfait qui n’a plus jamais faim !
Rond, j’ai − par un désir-paradoxe − diminué ma liberté
Mais tu n’as plus voulu sucer le sang,
De la chair en flamme !
Non plus qu’ouvert ta porte pulpe ! »

Depuis lors, les vers sont corrosifs,
L’amour amer est malade — if
you only knew how it feels inside —
Et la folie d’humour humide
Avec sa folle lame en acier trempé
S’est greffée
Au verso des corps. — Pis ! on est fourni
D’une peau d’airain si dure
Qu’acérée, l’humeur noire
Nous fait de la miélancolie.
— doucement douloureuse comme un sucre mal
dissolu,
dans son assiette.
On est somnambule, hérisson sans le sourire,
— la quiero a morir —
Avec au dos des écailles anti-flammes
Et des pics dressés vers le dôme au ciel
Sous des plaques en titane.

Pour toujours. Pour toujours et à jamais donc
On ne s’offrira plus le tendre os de la joue, ni l’ombre des lèvres, ni même l’ongle
de doigts entrecroisés. Exit les espoirs de caresse
On lancera des regards vides
et des paroles en l’air,
— Avec deux ailes mais sans entrain —
Que du creux comme la souche qu’on semble être. Erre !
On a bon dos d’haïr la source aigre-douce de ses désirs interdits

Sale opération : la conversion d’amour pour l’autre en amour-propre.

29 octobre 2016

Cercle vicieux ou vertueux ?

Danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K ! 
 Tu ne peux pas sortir de cette ronde K ! Dans ce cas : 
Danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, danse K, dans ce capharnaüm ! 
… … …
— Si je le peux, casser la cacophonie : 
Le tour s’arrête et le cercle se brise
Après une lettre K dans ce chez « Kaléïdoscope »

20 octobre 2016

Sale opération

Pour toujours. Pour toujours et à jamais donc
On ne s’offrira plus le tendre os de la joue,
ni l’ombre des lèvres, 
ni même l’ongle de doigts entrecroisés. 
— Exit les espoirs de caresse ! —
On lancera des regards vides
et des paroles en l’air,
Que du creux comme la souche qu’on semble être. 
— Erre ! —
On a bon dos d’haïr 
la source aigre-douce de ses désirs interdits

Sale opération : la conversion d’amour pour l’autre en amour-propre.

25 septembre 2016

Adieu !

L’amoureux terne il a subi un triste sort 
Étant indésiré Qu’il retourne au dehors
Au château là-bas loin derrière le bois qui dort !

Liberté aigre-douc’quand on ne la choisit
Est-c’que l’amour se paie d’autant de compromis ?
Ah ! que n’ai-je sur lui pas encore compris ?

La nuit noire est tombée je suis seul à présent
Évidemment chacun doit aller de l’avant
Après je fais au mieux même si par instants

La nuit cogne à mon cœur comme la fin du monde
Eh quoi ?! Que de doux pleurs à l’heure moribonde
Amers de soûls-venirs et douleurs pudibondes

Là il faut s’en aller Adieu ! Les Aie ! de mon départ
Entonnent les Adieux ! Les Ah ! me sont pétards
Atroces cris odieux sons d’adieux bâtards.

 — Poêtre Miejiriel 
d'après G. Apollinaire « Adieu ! » 





23 septembre 2016

Entr’eux temps abrégé

Entr’eux temps abrégé

Il
y avait auparavant
beaucoup plus de proxintimité.
Elle
est désormais interdite,
dérobée, derrière le paravent
de l’amitié.

L’être aimé n’est pas une illusion,
c’est une île ;
et c’est d’espérer entrer en fusion
qui est simul’acre.

L’univers fait d’unicité
naquit un jour d’excitation de la matière
et il n’a pas encore atteint
la nuit de son extinction.

Le supra-univers qui le contient
ne retiendra du sous-venu
rien qu’un millième de seconde
mais pas l’onde de choc qui vit partir un monde.

20/09/2016