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15 mars 2017

Le sel de ta main


Le sel de ta main est une encre que je veux tatouer en creux sous ma peau d’ortie. D’ordinaire loin des suies de cheminées je suis les chemins de fleurs dans la carrière du monde souterrain résonnant du silence de tes cris. Mais le sable crisse autour des rouages et la porte qui grince me rappelle sans cesse bon gré, mal grès, qu’elle veut rester ouverte car elle bat la chamade comme un cœur qui crépite entre deux coups de faucille − c’est le choc des dents et la chatte cherche le contact d’une peau chlorophylle. Fille de l’intense, je te crève le ventre et pourtant c’est la chair de l’épaule qu’on dévore − va, geins ! et rougis d’appétit au creux des cous comme aux jeux des joues. Oui, ici le vin des lèvres soulève le bassin et coule dans le palais, c’est le vin qu’on suce quand le bordeaux tumultueux coule sur la douceur, violemment emportée dans les rapides. Plus d’afflux de bateau glissant sur la rade, c’est le tourbillon des mains immenses qui ceignent et enserrent tes courbes solennelles. Ô papillons jaunes et noirs enivrants les regards, vous êtes robes et tu les portes bien mieux au soleil de l’insolence − envolés. Ne sois pas docile car si j’ai balayé devant ma porte c’est pour qu’en clignotant tes cils m’apportent le bonheur et qu’en cette nature elles poussent à nouveau, sauvages, l’hyacinthe d’Apollon et la joie légitime sur la feuille de vigne. L’escargot traîne, béat, entre les cuisses de grenouilles qu’il embrasse comme son royaume car il est partout et nulle part sous la pluie de tes fluides avant de cliquer sur l’appli de ta faune. Qu’il aille flore défricher aux territoires inconnus qu’il explore, et implore de ses râles l’affamée amante − élu dôme, ici l’ange, son sein.

14 septembre 2016

La crêpe

Si « la terre est bleue comme une orange »
Il faut aller chercher sa bleuté de fête
Il faut toi aussi que tu la manges
Te faire ta propre idée du goût de la crêpe ! 

— Poêtre Miejiriel

18 novembre 2014

Ré[mots]lution

« Je m'excuse avant tout aux nazis de la grammaire
Si tout ce qui va suivre les blesse au plus profond
Ces mots auront l'effet d'un tremblement de terre
Ils ébranleront leur sens du correct et du bon

Car l'idée m'est venue, car elle s'est imposée
D'initier, saugrenue, un changement de rapports
La nature de l'écrit n'est pas d'être aussi mort
Ni même aussi figé qu'un trop latin passé.

J'en appelle à ces mots prisonniers ou captifs
J'en appelle à quitter la subordination
Ne restez pas plantés comme des relatifs
Levez vos boucliers ! Insubordination ! »

Lorsc il entendit mon appel
Leur chef distribua les armes
Il leur laissa le choix
Entre la courbe tranchante
D'un C
Et la pique assassine
D'un Q

Alorc l'assaut se préparait,
C'était Donc qui menait la révolte
Puisq d'entre eux lui seul connaissait les enjeux :
Indépendance
Et conquête de sens.
Afinq tous en viennent à acquérir
Le sémantisme sacré qu'on leur avait promis !

Saufc les coqs ont beau chanter
À la fin de la nuit
À peine cinq ou six révoltés
Avaient rejoint les rangs
Avanc le septième insurgé
Ait convaincu son frère
Mais il ne se pointait toujours pas.

Or plus l'heure avançait, moins le peuple français
Tolérerait cette grève…
Il arriva en fin de compte
Aprèq le soleil soit levé
Armé de poèmes et slogans
À déclamer au monde entier.

Parsc leur liberté doit prendre tout son sens
Ils combattent au nom de la rime
Et font trembler la francophonie
En criant, craquant, cacophoniant :
« Ré[mots]lution ! »

Novembre 2014

14 février 2014

La fenêtre éteinte le jour

En recherchant dans mes brouillons je suis tombé là-dessus. Le poème date d'avril 2011.

La fenêtre éteinte le jour

La nuit sombre et profonde
L'a porté bien loin
Dans ces sombres mystères
À la frontière du destin.

D'ici jusqu'à ce monde
D'où il est revenu ce matin
Plus fort et plus serein
Il a, à chaque seconde,
Erré sous les éclairs
Et sous la pluie qui tombe.

Il veut s'enivrer maintenant
Du froid et des pieds mouillés ;
Il veut sentir lui brûler
Les poumons et les joues
Par l'eau, la terre et l'air,
Le fer de l'eau dans l'odeur de l'air
Et jusque dans son cou.

Inspirant la pluie musquée,
Purifiant au fond sa chair
Du fluide éther vicié
Qu'il visitait hier.

Où marche-t-il à présent ?
Seul au matin, comme le jour et par tout temps
Il s'arrache la poitrine à ressentir
Tout ce qu'eux fuient lorsqu'ils vont se coucher :

Le désert d'un samedi que l'on quitte,
Le désert que la foule absente félicite,
Le désert sous la pluie aride,
Que console la ferveur humide
Du miroir scintillant.

Il se voit comme une gondole
Sur la Seine ou le Tibre
Que seul le vent frôle
Sans fin et sans origine.

L'évadé, le sans famille
Cherche l'horizon métallique
Des gouttelettes de pluie
Qu'encor la brise agite.
Et sur Terre il veut éprouver
Ce que dans l'éther il va regretter :
Précipiter la lourdeur des sensations,
Le poids des terres qui fait pression sur sa bière.

Un samedi de pluie
Où les larmes humaines
Se mêlent aux larmes divines,
Un jour sombre et sans lendemain
Qui naît de la rencontre
Entre sanglots humains et sanglots divins.

Eaux bénites qui nourrissez des jardins
Que seuls apprécient ceux qui n'y voient rien
Unissez, unissez-les à tout jamais !
Grave ! Civière ! Fleur malade ! Cimetière !

« Je veux respirer ton atmosphère !
Indéniablement tu m'attires,
Quand est-ce que l'on m'enterre ? »

Voilà ce que c'est que de voyager un matin 
Par l'intermédiaire
D'une jolie gouttelette solitaire
Un jour de cacophonie des voix du désert