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15 juin 2021

Zone commerciale // Zone (Apollinaire)

 Zone commerciale

À la fin tu es las de ce monde moderne


Ô volumes sans âme autour vos paisibles parkings voient paître les voitures


Tu regardes le ciel car il n’y a plus rien de naturel ici bas


Ici l’antiquité n’a pas quarante ans : les voies urbaines

Ont remplacé les romaines par du bitume rayé de blanc

Parkings au sol ou aériens vides la plupart du temps


L’européen le plus moderne c’est vous monsieur Rabhi

À la pointe d’une Ardèche décroissante en autonomie

Avec vos écoles alternatives hors-système où l’on va en calèche

Seul vous serez capables de refonder les villages

À l’ancienne solidaires heureux et tu y crois toi

Pauvre consommateur de la pensée révolutionnaire

Mais les stagiaires naïfs esclaves et les esprits questionneurs en doutent


La grande surface fait sa salutation au soleil

Sans attendre l’aurore ni l’argent qui viendra de toute façon

Abreuver les caisses automatiques au paiement sans contact avec le vivant

Elle est zen pas inquiète car son avenir est tout tracé à s’étendre toujours

La respiration profonde de cette kermesse commence tôt

Le samedi matin lorsque tu fais ton yoga

Les petites vieilles les nouveaux pauvres et la masse sans nom

Se lèvent pour Danette et s’attroupent là parce qu’il faut bien remplir le frigo


Toutes les voitures se tournent alors vers les zones commerciales

Et prient avec ferveur le Diesel en redoutant le caprice des dieux Saoudiens

Et toi qui trottine vers le marché bio du centre-ville

Bercé par les rares criées et le tintements des tasses de café

Tu surprends la conversation de quelques bobos et mamies

Toi, toi qui cherche les paniers des petits producteurs locaux

Ces temples de consommation te semblent une énigme

Plus grande encore que les villas et les thermes de Vaison.

11 novembre 2020

Le pont Mistral (//le Pont Mirabeau)

            

                Le pont Mistral


Sous le pont Mistral coule le Rhône

                Et nos disputes

        Fallait-il que l’on s’y abandonne

La joie s’en va quand vient l’automne


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère


Les mains dans les mains contemplons ensemble

                Les tourbillons

        De l’eau et ceux que l’on engendre

Nos éternels regards soufflent les mésententes


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère


L’amour vaincra tel le fleuve emportant nos maux

                L’amour vaincra

        Comme la vie les tribunaux

Et l’on aura été l’un pour l’autre loyaux


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère


Soufflent les mistrals & soufflent les tramontanes

                Ni cicatrices

        Ni larmes la peau nous sillonnent

Sous le pont Mistral coule le Rhône


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère


L’amour a hiverné de ses douleurs,

                Tandis que là

        Le vent vole nos pleurs

Et gonfle nos lèvres d’un trait de douceur


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère



                                                                        Valence, novembre 2020

25 septembre 2016

Adieu !

L’amoureux terne il a subi un triste sort 
Étant indésiré Qu’il retourne au dehors
Au château là-bas loin derrière le bois qui dort !

Liberté aigre-douc’quand on ne la choisit
Est-c’que l’amour se paie d’autant de compromis ?
Ah ! que n’ai-je sur lui pas encore compris ?

La nuit noire est tombée je suis seul à présent
Évidemment chacun doit aller de l’avant
Après je fais au mieux même si par instants

La nuit cogne à mon cœur comme la fin du monde
Eh quoi ?! Que de doux pleurs à l’heure moribonde
Amers de soûls-venirs et douleurs pudibondes

Là il faut s’en aller Adieu ! Les Aie ! de mon départ
Entonnent les Adieux ! Les Ah ! me sont pétards
Atroces cris odieux sons d’adieux bâtards.

 — Poêtre Miejiriel 
d'après G. Apollinaire « Adieu ! »