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11 novembre 2020

Le pont Mistral (//le Pont Mirabeau)

            

                Le pont Mistral


Sous le pont Mistral coule le Rhône

                Et nos disputes

        Fallait-il que l’on s’y abandonne

La joie s’en va quand vient l’automne


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère


Les mains dans les mains contemplons ensemble

                Les tourbillons

        De l’eau et ceux que l’on engendre

Nos éternels regards soufflent les mésententes


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère


L’amour vaincra tel le fleuve emportant nos maux

                L’amour vaincra

        Comme la vie les tribunaux

Et l’on aura été l’un pour l’autre loyaux


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère


Soufflent les mistrals & soufflent les tramontanes

                Ni cicatrices

        Ni larmes la peau nous sillonnent

Sous le pont Mistral coule le Rhône


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère


L’amour a hiverné de ses douleurs,

                Tandis que là

        Le vent vole nos pleurs

Et gonfle nos lèvres d’un trait de douceur


            Vienne la nuit sonne l’heure d’hiver

            Les jours s’en vont vers une autre hémisphère



                                                                        Valence, novembre 2020

23 septembre 2016

Entr’eux temps abrégé

Entr’eux temps abrégé

Il
y avait auparavant
beaucoup plus de proxintimité.
Elle
est désormais interdite,
dérobée, derrière le paravent
de l’amitié.

L’être aimé n’est pas une illusion,
c’est une île ;
et c’est d’espérer entrer en fusion
qui est simul’acre.

L’univers fait d’unicité
naquit un jour d’excitation de la matière
et il n’a pas encore atteint
la nuit de son extinction.

Le supra-univers qui le contient
ne retiendra du sous-venu
rien qu’un millième de seconde
mais pas l’onde de choc qui vit partir un monde.

20/09/2016

14 septembre 2016

Lune ou l'autre muse

Lin brun, l'un.e brun.e, indistincts
Un soir alors que l'on rêvait, un soir
Un soir alors qu'on y croyait, un soir
Un roi alors qui n'était pas tyran,
Un roi et une reine
Un soir où minuit fut de leurs amis
Se mirent à nu, oui,
Furent diminués, destitués de leur règne.

Lin brun, l'un.e brun.e, indistincts
L'un.e a dit « les étoiles se sont couchées »,
Sans autre forme de procès
L'un.e a dit « j'ai épuisé tout le coton
Que j'avais à disposition »
L'un.e a dit « que ta nuit soit douce »,
Et l'autre fut pris d'une secousse
L'un.e a dit que trop de doux leurres,
Avaient eu raison de son cœur
L'un.e a dit que le charme de la séduction
Avait était rompu,
La magie des fines sensations
Brisée, abattue
Sur les rochers de son indifférence.
L'un.e a dit qu'en son absence
Tout était pour le mieux.
Que l'autre avait saboté ses sales chances d'être aimé.

Lin brun, l'un.e brun.e, indistincts
Alors l'un.e a tout abandonné, tout espoir de conquête
Déserté la saveur des fruits à pulpe, vidé toute sa tête
L'un.e a cautérisé son petit cœur ouvert
Et remisé son amour pour l'hiver.
Il faudra attendre la bonne saison
Avant de refaire des plantations
Il faudra se donner ou bien prendre le temps
Avant que germe à nouveau le lin blanc.
Le printemps et ses boutons de Rrose ? »

Lin brun, l'un.e brun.e, indistincts
Il y a encore du grain à moudre
Pour essorer cette tourmente absurde
« Cherche un paratonnerre moins foudre »
Mais un jour prochain cette histoire sera poudre
Que l'on jettera, serein, à grande poignée-javelot
Dans le vent des embruns, matelot !
Le chagrin voltigeur se fera voyageur !
Avant de finir en poussière
Qui poudroie dans les airs
Et puis s'éteint.
[En attendant l'âge alourdit les désirs de fructifier,
Et la jalousie, malgré tous les poèmes, persévère.]


30 mars 2015

Aller et venir sur les choses

Revenue et enlevée, l'évanouie silencieuse se soulève
C'est un vent nouveau déroulant l'ennui
Avec un élan soudain vers le ciel, elle mouille d'air et d'eau 
On entrevoit un rouleau au-delà de la rive
Une accumulation d'écume, au-dessus, s'amenuise
Elle tient sur son dos le ciel et les bateaux
Sans écho, sourde et muette,  
Sortie, rentrée, ressortie, la marée
Basse, de plus en plus
Reculée,
Une mouette
Loin.

Haute, mimétisme de mots survenus caresser l'aller-retour des tourbillons sublimes
Dans la survivance de l'onde nue 
Haute, elle susurre un murmure cassé sur les rochers, la blessure du brisant l'illumine
Son univers sous-marin reste inconnu 
Et sombre. On ne voit rien du dedans, mais le sable sait tout cela ; lui, connaît sa nature
Recouverte d'un voile noir-bleu-vert ridé
Haute, striée d'un chatoiement d'or et de lumière au soleil des moissons, vallée vibrante
Comme un sel secoué dans l'amour
Le bassin mousse sans rêver à demain
Il va et vient calme et plat
Seule une rivière a, à son arrivée, accueilli
Dans son bras
La mer matricielle.

13 janvier 2015

Lettre du dernier poêtre

Mon cher Alexandrin, je crois qu'entre nous de
Toute évidence quelque chose a été
Rompu, brisé, perdu ; le lien s'est dissipé
Je ne sais où. Ce truc qu'on avait à deux
Me plaisait bien. C'était sympathique, avoue-le
Mais tu récoltais la gloire d'être bien fait
Sur le dos de mon mérite qui s'acharnait
Aussi c'est fini. Je termine là, adieu,
Cette relation intime dans nos lettres
N'est plus comme avant ; mais suis-je encore poêtre
Sans la force de t'écrire à nouveau des vers ?
Plaisir et communication résignés,
Je sens venir la fin et l'alcool à plein nez
Car, ivre de liberté, je quitte l'en-vers

De la vie, du sonnet…


… … … … … … … … … … … … … … … …
Quelqu'un frappe à ma porte et presse la sonnette,
Je n'ai plus rien à faire moi de leurs sornettes,
Ma main est celle sinueuse d'un poète
Qui a vécu son temps, creusé son oubliette. 


13/01/2015