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15 juin 2021

Zone commerciale // Zone (Apollinaire)

 Zone commerciale

À la fin tu es las de ce monde moderne


Ô volumes sans âme autour vos paisibles parkings voient paître les voitures


Tu regardes le ciel car il n’y a plus rien de naturel ici bas


Ici l’antiquité n’a pas quarante ans : les voies urbaines

Ont remplacé les romaines par du bitume rayé de blanc

Parkings au sol ou aériens vides la plupart du temps


L’européen le plus moderne c’est vous monsieur Rabhi

À la pointe d’une Ardèche décroissante en autonomie

Avec vos écoles alternatives hors-système où l’on va en calèche

Seul vous serez capables de refonder les villages

À l’ancienne solidaires heureux et tu y crois toi

Pauvre consommateur de la pensée révolutionnaire

Mais les stagiaires naïfs esclaves et les esprits questionneurs en doutent


La grande surface fait sa salutation au soleil

Sans attendre l’aurore ni l’argent qui viendra de toute façon

Abreuver les caisses automatiques au paiement sans contact avec le vivant

Elle est zen pas inquiète car son avenir est tout tracé à s’étendre toujours

La respiration profonde de cette kermesse commence tôt

Le samedi matin lorsque tu fais ton yoga

Les petites vieilles les nouveaux pauvres et la masse sans nom

Se lèvent pour Danette et s’attroupent là parce qu’il faut bien remplir le frigo


Toutes les voitures se tournent alors vers les zones commerciales

Et prient avec ferveur le Diesel en redoutant le caprice des dieux Saoudiens

Et toi qui trottine vers le marché bio du centre-ville

Bercé par les rares criées et le tintements des tasses de café

Tu surprends la conversation de quelques bobos et mamies

Toi, toi qui cherche les paniers des petits producteurs locaux

Ces temples de consommation te semblent une énigme

Plus grande encore que les villas et les thermes de Vaison.

15 janvier 2017

De cire

Les mots « toujours » et « jamais » n'appartiennent qu'aux poètes et aux romantiques. Ce sont deux sires qui ne s'adressent qu'aux poètes et aux romantiques. Et je ne suis ni l’un ni l’autre. Aujourd'hui j’ai renoncé à être poète pour n'être qu’homme parmi les hommes, bougie parmi les bougies.
Apprendre à te connaître a allumé la flamme mais il n'a pas d'étincelle que l'on aperçoit. Apprendre à te connaître est le piège que je me suis tendu car il me préserve de ne t'aimer jamais ; et je vais t'expliquer pourquoi je ne peux t'aimer toujours. 

Les mots « toujours » et « jamais » sont massifs, ce sont des montagnes amassées. Ces sons, deux syllabes : des mots qui élèvent, mais qui créent autant de vide, qui créent des falaises, des pics, des gouffres, des néants sous les pieds des marcheurs solitaires qui croient gravir toujours alors qu’ils s’enfoncent à jamais. 

Aussi je leur préfère des mots moins abrupts. Je préfère des mots aux contours plus doux, les mots de lune tombés en cristaux sur l’instant. Je préfère les mots légers cueillis comme au temps des cerises.
Je préfère l’aujourd’hui avec sa porte ouverte sur toi — mais jusqu’à quand ? Ni jamais ouverte, ni toujours fermée. Ni close à jamais. Mi-close. Je préfère les promesses d'un entrebaillement, une porte « peut-être ». 

Toujours, jamais : deux mots démons auxquels tout le monde rêve et que la plupart craignent malgré tout. Toujours, jamais : deux mots démons auxquels tout le monde rêve et que l’on oublie au réveil. L'exclusion qu'ils profèrent se range au grenier, dans le creux nié de l’inconscient. 

Pour toi, mon amour d'un instant, ils sont hors de portée car la promesse d’un tout se paie d’une patience égale à son intensité. Elle se paie d'un saut dans le vide qu'ils ont jeté. Le temps qui précède « je t’aimerai toujours » est si long qu’il faut le vivre pour le croire et quand, enfin vieux, nous serons encore ensemble par la force d’une promesse d’amour éphémère, sans lendemain, quand, enfin vieux, nous nous tiendrons encore par la main, quand, enfin vieux, nous pourrons regarder en arrière sans rien changer à la fugacité de notre danse, alors seulement nous approcherons de la définition du mot « toujours ». C'est pourquoi je ne peux promettre de t’aimer toujours sans t’avoir déjà aimé tous les jours. 

Je préfère aux temps éternels, la fragile beauté de tes imperfections, et leur hasards aussi, caméléons d’un jour sur l’autre. Je préfère à la noblesse, la poésie du monde réel que l’on trouve dans la chaleur d'un pet satiné, dans la nature d'un maquille-âge mal étalé, dans l’harmonie d’une ride au coin des yeux et là où peu à peu se creuse l’ombre des joues. Je préfère au modèle de perfection cirée pendue à nos yeux, la fragile élégance de ton corps mystérieusement changeant au fil du temps. Je préfère à la piste damée, polie et lissée par trop d'artifices, l'unique hors-piste inégalable de tes courbes. À l'illusion de la teinte, les étoiles d'argent et de neige tombées sur la touffe vivace et la chevelure sauvage. Aux simulacres, le réalisme du temps qui nous rapproche tous…

À choisir je préfère ne t'aimer qu'aujourd'hui, qu'en cet instant plein de vie. Parce que t'aimer toujours est un souhait que j'ai tu. Vois alors qu'il est encore impossible en ce jour premier de savoir si jamais on s'aimera toujours. À choisir je préfère ne t'aimer qu’un battement d’ailes. Parce que son unique onde de choc sera infiniment répercutée sur moi, sur demain, surlendemain et peut-être pour toujours. Qui sait ?

— Miejiriel, janvier 2017

4 décembre 2016

Toi, l'ivre, est-ce que tu m'amies ?

À force de lectures passionnées on aimerait que la vie se déroule aussi simplement que se tournent les pages du livre. Tout a l’air plus simple au personnage de roman : ses apprentissages, ses douleurs, ses amours, ses joies, sa vie et puis sa mort. Toute une gamme de notes peut être vécue simplement au moyen de la fiction.

Mais notre vie pourtant restreinte au champ des perceptions est infiniment plus complexe à déchiffrer car on ne peut embrasser autant d’altérités de la sorte, on ne peut comprendre l’intérieur des êtres chers, ni rien de cet ailleurs, hors de nous, dans l’altérité inatteignable. On ne peut même pas faire l’ellipse d’une partie de nos vies pour accéder aux moments forts, à la quintessence de l’existence. Alors il nous faut endurer tous les moments.

Enfin, à la question « où va-t-on ? » une réponse simple : au bout du livre, là où un auteur s’est chargé de nous conduire avec toute la bienveillance du conteur d’histoires. Qu’en est-il de cette question appliquée à la réalité ?

Lire est plus aisé à conjuguer que vivre. Et pourtant pour pouvoir lire il faut être en vie.

21 juillet 2016

Petit poète et Lily la tigresse

Lily dit :
« Toi qui fais des poèmes, tresse que l’on s’aime ;
Toi qui noues, lies ! Allions-nous !
— Oui, répondis-je, l’aimant, qu’on s’allie à Lyon ou ailleurs !
— Et permets qu’en ce lit nous soyons des lions rougissants. »
Je promis :
« Je lierai jour et nuit les mots-vœux qui nous tissent,
Somnambule, je tricoterai les sons-bulles,
Les nourris-sons, les mots-plumes,
Les mots d’où l’on s’érige un monde nouveau
Pour une vie nouvelle dans une nouvelle ville ;
Côte à côte, cœur à cœur, à l’unisson,
Nous serons plus qu’amoureux, nous serons amour, nous.
— Alors serrons-nous plus fort, dans les bras l’un de l’autre,
Et brillons fièrement, filaments que nous sommes,
Allumons en nos seins le joyaux, ce noyau qui est nôtre. »

D’accord et d’à-cœur, j’affirmai sans un « euh » :
« Aujourd’hui on est couple, avec toi je suis homme,
Doux rêve d’union ; et bientôt à genoux
Je renoue et renouvelle avec toi l’étincelle
Qui rallume mon ciel à toi lié.
— Mon Peter Pan, petit poète, est-ce de mon cœur la rime féminine
Que j’entends ? Qui tambourine sous ma poitrine ?
— Oui maline, imaginons − tout légers – une toile tressée
Ce pays à nous deux, de fils d’or torsadés, torses nus
Comme une ode à tes rires, au ciel et à l’air
Pour nous, rire, et nous réunir.
C’est toi, le lys joli, la sublime Lily,
La tigresse de l’or, sans aucun doute.
Rugissons : « que l’on s’aime !
Et semons plein les routes. »

Et toi là, qui nous lis, sache qu’en liant nos destins,
« Des » devient « un », « les » fait « lien »
Et s’allie en nos mains comme au creux de la noix
La somme de nous trois :
Nous sommes lin et coton et soie,
Lily, le minou, et moi. »

Poêtre Miejiriel, juillet 2016

Suggestion d’image:

 

4 juin 2016

Poème temporel 2/ Le futur

Ce poème accomplit l’éclipse de l’absence,
programme l’obsolescence de la distance ;
il fonce à toute allure, propulsé par l’élan
d’un bond dans le futur, comme dans les poitrines
où le saut périlleux de deux cœurs haletants
fait que s’opère en eux le pic d’adrénaline ;
puis dans ce triple axel, s’accélère le temps
fusant comme l’éclair-Paris-Brest pour lier
deux bouches lasses de s’aimer sans se sonder
– que ce choc-là, amer, nous les rapproche encore
qu’il tienne la promesse, enfin qu’il évapore
les secondes restant à franchir à qui s’aiment –
ce brise-distance bricolé qu’est le poème
noue, replie dans sa danse une union nouvelle.

       (en ce qu’il accomplit l’ellipse temporelle)

12 mai 2016

Poème temporel 1/ Le présent

Là surnage le visage tranquille,
du temps insaisissable − qui s'écoule −
la bouche en cœur, sertie d'eau pâle
où la Nixe nue en son bain, flottant
entourée d'agiles carpes, dit « Aime !
… Cueille le jour sur le seuil de l'instant
(sans un regard vers la rive-hier),
aux bordées lèvres émues par cette lente heure !
Caresse du sourire l'étang éphémère
des yeux amazonite de ton âme-sœur,
Cultive la politesse de ses contours,
Parsèmes-y autant de graines de beauté
et de folie qu'au cours du plus beau des séjours.
La vie, ce présent scintillant, vous est offerte »


17 septembre 2015

L'ouvremonde

La chaîne massive retient
l'abîme béant gorgé de liquides millénaires.
Son mutisme étoilé est strié de colères
comme les dorures courent sur le blé noir.
L'hiver viendra où la masse se déchaînera, plus sèche que jamais roc ne l'a osé
et sa souplesse fera gronder les estomacs souterrains
au sud de la ligne de fuite planétaire.
On assistera à l'expulsion flamboyante des cris, cristaux brisés sec,
non comme un haut-le-cœur magmatique mais telle une nuque
tendue vers l'azur.
Pendant des chênes séculaires le calme éclaté revient,
océan morcelé, comme un désert sans visage,
Sans image fixe il est miroir des ciels.
Puis,
les vents cosmiques égrenèrent les âmes lors de migrations hors-phase
et nous rentrâmes dans l'air, où les oscillations se superposent.
Aux jours d'argentière et d'île-amour la masse se solidifia,
l'herbe sertie de gemmes et de gouttes de nuit salua notre passage,
la force du feu s'amenuisa sous les ombres
et nous habitâmes enfin nos noms.

Depuis ce temps la Planétaire est terre d'accueil
des astres égarés aux quatre révolutions.


 image trouvée post-écriture
poème : septembre 2015

13 avril 2015

L'arbre-rêve

L'année dernière un gland est tombé en terre
Peut-être était-ce une graine, pas bien grande,
Et depuis, l'arbre rêve :

Il fait le rêve de la vie
Lui qui n'a qu'un faîte à trente centimètres,
Il rêve d'immensité,
Il rêve à l'évasion,
Il rêve à l'enracinement,
Il en rêve avec force
D'un nouveau décor,
Il y rêve si fort
À cette peau d'écorce,
Qu'il lui pousse une forêt tout autour.

Mais il rêve aussi d'art et d'immortalité,
Il rêve à un point de départ,
À une arborescence :
« Quelle est mon essence ? »,
Se demande-t-il plein d'innocence,
À l'aube de son existence.

De l'art pour l'arbre
À l'aube d'un hectare nouveau
Voilà ce qu'il lui faut

Il ne fait plus le rêve de la vie,
Il rêve la vie et la vit
Il vit sa vie, il vit son rêve
Il vit sur la rive d'un lac de rêves
Il vaque sur le rêve d'un lit de rives,
Et une petite annonce :
« Havre de paix pour hêtre en vie »
L'arbre rêve et l'herbe râvre,
À chacun son histoire
Dans une trêve sans jaloux.

If rêve de s'appeler Fil et chêne Échine
Mais on ne refait pas le monde avec des ifs et des chaînes…
Même en Chine le bambin du bambou rêve
À une famille-forêt de bric, de brocs et de bouts
Fidèles, semblables et rassemblés.

Debout il s'enracine sans le savoir
Cependant qu'il rêvade à l'infini,
À ses heures, autant qu'il peut
À travers le monde, au temps qu'il fait
Il rêve de rêvasion, l'arbre-rêve !

L'arbre rêve et s'évade autant qu'il reste ici,
Si seulement il pouvait vous le dire
Cela ressemblerait
À un poème comme celui-ci

a r b r e r ê v e
a r b r ê v e
a r t b r e f
a r t b r
a r b r

Arbre à l'orée des forêts, arborées d'art boréal.


09/04/2015

30 mars 2015

Aller et venir sur les choses

Revenue et enlevée, l'évanouie silencieuse se soulève
C'est un vent nouveau déroulant l'ennui
Avec un élan soudain vers le ciel, elle mouille d'air et d'eau 
On entrevoit un rouleau au-delà de la rive
Une accumulation d'écume, au-dessus, s'amenuise
Elle tient sur son dos le ciel et les bateaux
Sans écho, sourde et muette,  
Sortie, rentrée, ressortie, la marée
Basse, de plus en plus
Reculée,
Une mouette
Loin.

Haute, mimétisme de mots survenus caresser l'aller-retour des tourbillons sublimes
Dans la survivance de l'onde nue 
Haute, elle susurre un murmure cassé sur les rochers, la blessure du brisant l'illumine
Son univers sous-marin reste inconnu 
Et sombre. On ne voit rien du dedans, mais le sable sait tout cela ; lui, connaît sa nature
Recouverte d'un voile noir-bleu-vert ridé
Haute, striée d'un chatoiement d'or et de lumière au soleil des moissons, vallée vibrante
Comme un sel secoué dans l'amour
Le bassin mousse sans rêver à demain
Il va et vient calme et plat
Seule une rivière a, à son arrivée, accueilli
Dans son bras
La mer matricielle.

24 janvier 2015

La jeune fille et le clochard

Suis-je belle ?
Oui. Non. Je ne sais pas.
Jeune fille aux cheveux courts
Il y a mille ans, peut-être plus,
Que je n'ai pas nagé
Dans un autre
Ni plongé mon regard
Dans la glace,
Ni contemplé le froid reflet
De ma face
La plus attractive.
Objectivement,
Je ne sais plus.
Comment savoir sans se découvrir ?
Il y a longtemps que je ne me suis pas découverte…
Dans un murmure : « Peut-être jamais. »

Je suis trop belle.
Je ne me regarde pas,
Et pourtant c'est assez me voir
Que leurs yeux en miroir
Toute la journée.
Obsédés. Je suis obsédante.
Parce que je suis obligée
De leur renvoyer
L'image qu'ils souhaitent
Reluquer.
Je ne suis pas moi-même.

En fait,
Je suis belle
Sans le vouloir. On me le dit souvent.
Je suis belle
Des poils supra-paupière aux cuticules.
À peine sortie sur l'huis du jour
Déjà victime
De ma beauté : « hé charmante ! » ; « ho poupée ! »
Délice de faciès
Même par temps gris,
Dans la brume, sans phares,
Quels que soient mes papiers.
Je recule à l'adresse indiquée plus haut,
Rentre dans une église
Lieu où seuls se réfugient
Les vierges immaculées et les clochards célestes.

Certainement,
Je suis belle
Côte à côté d'un sans-papier
Qui demande asile ; le prêtre toujours invisible.
Le contraste est flagrant :
Délit de pauvreté
Je brille autant qu'il s'efface,
Gris sous la gomme de la société
Figure grasse et sombre
Mine mal taillée
Je crois me voir dedans
Ses yeux ! Deux topazes !
Un ange passe et ce n'est pas moi.

Je suis belle
Peut-être, tu me diras…
« Et toi là que regardes-tu ? »
Réflexe de pensée
Mais le pouilleux,
Désintéressé,
S'accroche à mon regard
Seule sa dignité
Ne sourcille pas
Les yeux droits
Dans les miens
Ils n'ont de tombant que leurs plis
Pas dans mes seins.

Je suis… désemparée.
Le suis-je encore, belle ?
Face à lui…
Qui suis-je désormais ?
Je l'écoute
Me réchauffer de sa foi
Poussiéreuse, rapiécée : « Dieu bénisse ceux qui entrent en ce lieu. »
Nous deux, étrangers de quotidien
Égaux dans la misère
De cœur ou d'esprit
Sa beauté est spirituelle
La mienne est physique
Coude à coude, il me dit :
« J'ai pas d'amis, je suis seul »
Et moi, pas mieux :
« J'ai trop d'amis, je me sens seule. »
Virtuelle, digitale,
J'ai cessé d'exister pour moi-même.

Je n'ai jamais été belle
Que dans les yeux des autres.
Aujourd'hui je le vois,
L'usé a quelque chose de… Fascinant, fantastique ?
Mais lui il ne l'est pas
À nos yeux sourds : faible, rebutant
Sa beauté pourtant est espoir,
Sa beauté est amour
Il est seul à la voir
Encore. Mais pour combien de temps ?

Il me tends ses deux mains
J'y love avec hésitation
Les miennes.
Je suis frigorifiée
Bientôt cette phrase est au passé
Un sourire sort de moi
Et l'atteint au visage
Voilà de quoi chauffer
Cette église et bien plus.
Il ne demande rien,
Qu'un reflet dans mes yeux
Je lui donne le mien,
Il est heureux.

Un jour je serai belle aussi
Et naturelle avec ça
Au fond de moi,
Je naîtrai,
Une étincelle sera
Qui me fera briller véritablement, de l'intérieur.
Je serai belle
Rien que pour moi,
J'aurai de vrais amis
Pas ceux qui… pas de dénonciation,
Disons plutôt que
Nous parlerons d'autres choses
Que de ma beauté
Ou mes envies.
Merci.

21-24 janvier 2015

18 janvier 2015

Soleil couchant

Dans le parc il fait froid mais qu'importent les doigts,
Glacés, que plus rien ne réchauffe
Il faut savoir laisser pénétrer la chaleur
Par ailleurs dévolue à l'astre du soleil,
Inspirer l'air gelé, raffermissant les chairs
Inspirer aux autres l'idée de cette nouvelle ère
Où l'on respirerait les rayons du soleil
Perçant toute matière.

Les éclairs de la vie de l'étoile première
Gorgeraient alors les poitrines
D'une énergie nouvelle, élémentaire
Qui tant de regards illumine ;
La bienveillance
Fourmillerait dans chaque organe
Comme l'essence
D'un corps prêt à créer, inventer, diffuser
Une forme d'amour, entre toutes, inédite
Apte à faire frémir les fragiles contours
De celle ou de celui qui l'aurait emmagasiné.
Sentiment furieux, impossible à décrire,
Impossible à garder dans le creux très précieux
De ce corps, ce crâne ou ce cœur ;
Sentiment jaillissant hors-soi
En rayons de plaisir, de joie
De plus qu'on n'en peut être ivre
Même lorsque tout givre autour du mot « hiver ».

Tout tourne, il ne fait plus si froid,
Le soleil va couchant mais pas encore tombé
Car mon corps en rêvant en aurait retenu
Une partie, attrapé et saisit les lances invisibles
Dont il était percé en s'exposant au gré
De sa rotation, en inspirant trop fort et par le nez
Un peu de sa couleur et de ses intentions.

Le soleil, un dieu oriental l'avait jeté
En l'air. Aujourd'hui je l'ai rattrapé
Au vol avant qu'il ne touche la terre.

18/01/2015

13 janvier 2015

Lettre du dernier poêtre

Mon cher Alexandrin, je crois qu'entre nous de
Toute évidence quelque chose a été
Rompu, brisé, perdu ; le lien s'est dissipé
Je ne sais où. Ce truc qu'on avait à deux
Me plaisait bien. C'était sympathique, avoue-le
Mais tu récoltais la gloire d'être bien fait
Sur le dos de mon mérite qui s'acharnait
Aussi c'est fini. Je termine là, adieu,
Cette relation intime dans nos lettres
N'est plus comme avant ; mais suis-je encore poêtre
Sans la force de t'écrire à nouveau des vers ?
Plaisir et communication résignés,
Je sens venir la fin et l'alcool à plein nez
Car, ivre de liberté, je quitte l'en-vers

De la vie, du sonnet…


… … … … … … … … … … … … … … … …
Quelqu'un frappe à ma porte et presse la sonnette,
Je n'ai plus rien à faire moi de leurs sornettes,
Ma main est celle sinueuse d'un poète
Qui a vécu son temps, creusé son oubliette. 


13/01/2015

10 janvier 2015

Jaillissement !

Voici comment il déconstruit les chemins déviés et les travers du monde qui s'y étaient logés :

« Lire, lire, lire des poèmes. Ivre, ivre, ivre de phonèmes, de ceux-là même qui peuvent tout détruire. Détruire, détruire, détruire les défauts. Mourir c'est la vie. Détruire Sélavy, symboliquement Rose ; couper sa fleur fanée, sa tige flétrie, son air morose. Poème-Shiva de la fin et du renouveau, poème sans bouche, poème aux deux cents bras et aux trois mille yeux qui vous guettent. Poèmes dont les voix sont celles des dieux : rugit, tremble ; remue, ébranle les vulgaires cailloux rouges aux creux des volcans éteints, comme aux seins des poitrines creuses. Mais rien, non rien à défaire de plus que l'usurpateur amorphe à l'intérieur qui regarde avec son œil terne le chemin crasseux. Oui tout cela il faut le retourner, lui crever l'œil unique, le membre cyclopéen pour qu'enfin, aveugle de sa vue, il voie la lumière transcendantale qui le traverse. Casser, oui, tout casser sur le chemin pour qu'il cherche de nouveaux galets, pour qu'il polisse de nouvelles pierres, les aligne, les dispose en totems et qu'elles guident les prochains. Ses prochains. Tuer son parasite intérieur à coup de vers pour faire renaître et resurgir la source. Source d'eau, source de feu, source d'air, source de rayon solaire et de pierre de lune. Se voir en vrai, car c'est soi qui jaillit hors de brume. »

09/01/2015

6 novembre 2014

Randonnée dans le Vercors

Ce n'est plus le matin et pourtant quelle aurore !
La fraîcheur des genêts se dérobe à ma mine
Ébahie et rosée que midi illumine
Voilà que se dévoile en un concentré d'or
… ? Je ne peux le nommer.

La raideur des forêts se dérobe à ma mine
Ébahie et rosée que midi illumine.
Dans la brume est noyé le plateau du Vercors
Mystique enclave haute en plein cœur de l'Isère
Si je ne vis pas là, je vis dans la misère
Moi qui ai porté loin les lourds os de mon corps
… ? Comment suis-je arrivé ?

Mystique enclave haute en plein cœur de l'Isère
Je vis en toi, tout ce qui cause ma misère.
J'apprécie sur ton dos les monts et les décors
Fantasmes ! Mirages ! Je n'osais pas vous voir
Étiez-vous du voyage ? Terre hallucinatoire,
Haut plateau de verdure, te reverrai-je encore ?
… L'adieu précède le retour.

Fantasmes, mirages, je n'osais pas vous voir
Vous étiez paysage, terre de mille espoirs ;
Le parfum provençal et montagneux d'alors,
Sous ce ciel somptueux tout droit sorti d'un rêve,
Retourne mes racine et vivifie ma sève
Je te veux pour retraite ô plateau du Vercors
… Qui pourra y veiller ?

Sous les cieux bienveillants, cette dernière grève
Recueille et ensoleille âme et ultime trêve.



Octobre-Novembre 2014

3 octobre 2014

De dissentionibus hominum

À tou.te.s les véganes du monde
Cessez donc de rager,
De cracher votre bile
Sur tous les infidèles,
Ou ceux que vous nommez
Assassins et tueurs !

À tou.te.s les écolos des villes
À tou.te.s les biofanatiques pieds nus
À tou.te.s les zélateurs de la vérité
À tou.te.s les invétérés du vélocipède
Le même message vous est adressé.

Le culte ne fait pas le dieu,
Car nous avons les mêmes mains.

Il y a de bons omnivores
Et de mauvais véganes
Loin de vouloir accuser l'un
Pour mieux défendre l'autre
J'aimerais mieux qu'ensemble
Vous œuvriez à rendre
À la terre son éclat !

Si j'ai dans ma famille
Et dans mon entourage
Un peu plus d'omnivores,
Moult végétarien.ne.s,
Écomilitantistes,
Biodynamistes de tous poils,
Et autres pescalien.ne.s,
C'est parce qu'ils ont entre eux
De nombreux points communs :

Tous portent en eux le germe
Plus ou moins développé
De visions de demain
Et l'idée au fond bien imparfaite
D'un seul monde idéal.

Ces indignés de la nature (in)humaine
Dessinent autour d'eux
L'ébauche d'un chemin
Plus naturel vers nos (r)évolutions
Pour moins de pollutionS.

Chacun d'eux œuvre pour le Grand Tout
À son échelle, à l'Unisson,
Avec les hasardeux outils
Dont on les a pourvus
(Des plus récents aux plus antiques
Rationnels ou ésotériques)

Pour qu'on n'empoisonne plus
Les beaux champs alentours
Ni l'éther entre nos paroles
Ni nos pairs et nos voisins
Ni nos congénères ahuris
Dans ce troupeau de loups.

Sans parler de l'eau qui court
Depuis la source de (la) vie
Jusqu'aux rivages doux
Où brebis que nous sommes
Attendons notre heure en silence
Pour forger la dernière alliance
Contre le règne des mauvais hommes.

Mais avant tout cela
Nous diviser par les idées
Nous entredéchirer comme des chiens
Nous haïr, nous abhorrer, nous honnir
Nous conspuer non plus,
Derrière la pugnacité pusillanime de nos écrans de foire !
Non tout cela ne sert à rien.

Se récrier et décrier ce(ux) que nous condamnons
Est un fait du passé.

Car après tant d'efforts
Pour bâtir des nations,
Soyons un peu d'accord
Et laissons aux poltrons
Les miettes de leur sort.

Car après tout cela
Nous rassembler dans l'action,
Nous enlacer comme des frères
Nous aider, nous saluer, nous aimer
Nous applaudir aussi,
Dans l'embrassement des encouragements mutuels !
Car cela, oui, tout cela est pour demain !


03/10/2014

18 août 2014

Prière universaliste

Cette prière ressemblant au Notre Père, s'affranchit de la notion de religion pour parler à tous ceux qui ont foi en la Vie. Faites-en votre prière quotidienne !  
Je fais une différence entre "Humains" ou "êtres humains" et "Hommes". Ces derniers sont ceux qui font encore la guerre et détruisent quand les Humains vivent et créent.
 

Esprit du monde qui est dans toute chose
Fait que la vie soit adorée,
Que la terre qui porte ton fruit
Soit nourrie et abreuvée
Libère les consciences d'un joug mortifère
Donne aux êtres humains la force de leurs convictions !

Mais pardonne aussi aux Hommes
Leur ignorance profonde
Comme nous pardonnons à ceux
Qui en ton nom versent le sang
De leurs frères innocents.

3 août 2014

L'origine du temps

Le sage se saisit des mots et conta à l'enfant :
« Depuis toujours il n'y a que deux temps
Celui d'hier et celui d'à-présent.
Ne te laisse pas croire à celui de demain
Car il n'existe pas ce futur incertain. »

Les yeux perdus dans le lointain ;
- Hier... est un continent froid, de glace recouvert.
- Hier... est un bloc d'images et de figures pâles.
- Hier... est gelé, inaccessible
Sauf à la chaleur voilée des souvenirs tangibles
Car la mémoire, avec ses mains tenant
De tout petits briquets,
Fait se mêler même pour un instant
Les terres arctiques de cette ère glaciaire
Dans l'éther mirifique du présent.

Tous les sens en alerte il s'écria soudain ;
- Aujourd'hui ! est une région chaude, recouverte d'argile
- Aujourd'hui ! se laisse travailler, modeler,
- Aujourd'hui ! est le seul jour accessible
Pour lequel on doive tout donner
Pour lequel il faille jamais œuvrer.

Puis l'air grave, il parla de demain ;
- Demain est une ville fantôme qui ne se laisse voir
- Demain n'est que vitesse folle, on ne le saisit pas
- Demain est le début de la paresse,
Une fuite en avant pour duper le présent.
Car ce temps-là n'existe pas !
L'esprit l'a inventé de toute pièces.

Et pour conclure il l'exhorta à penser aux trois grandes vérités :
- Hier était une terre fertile dans laquelle aujourd'hui a germé.
- Ce que tu fais aujourd'hui se retrouvera au jour de demain.
- Demain n'est rien de plus qu'un jour d'hui attendant d'être figé dans le cristal d'hier.

7 juillet 2014

L'origine du vent

Le sage expliqua un jour à l'enfant :

− « D'où vient le vent ? »
− « De la bouche des Hommes.
Cette force inconnue se lève, court et retombe,
Comme les Hommes.
Ainsi le vent s'élève dans les airs
Aux commencements des temps
Lorsque s'ouvre la bouche des humains naissants.

Puis il crie, craque, souffle, hurle et court à travers le monde
Les accompagnant tout au long de leur vie
Avec la force qu'ils lui donnent dans chacune de leurs paroles.
Dans leurs cris de rage et de douleur,
Dans le craquement de leurs os sur le fer,
Dans leurs souffles fatigués,
Dans leurs hurlements terrifiés
Et dans leur course effrénée pour la survie.
Le vent est une somme de tous les rugissements
Que poussent les hommes à chaque instant.

Sans lui, insectes et oiseaux auraient la vie facile et planeraient tout le temps.
Sans lui, les arbres au cœur tranquille ne résisteraient pas autant.
Sans lui, ni herbe ni roseau ne ploierait si dangereusement.

Or des semeurs de vent nous en sommes tous un peu
Et puisque le vent sème, lui-même, les spores éparpillés
Faisons en sorte de ne pas récolter
Les mauvais fruits que la tempête a rassemblés.
Crions de joie, rions ! Claquons nos mains, applaudissons !
Gonflons nos torses, allons ! Exclamons-nous, hourra !
Et courons dans les bois !
Que les arbres en soient témoins, et qu'ils le répercutent au loin :
La bouche des Hommes est le moyen d'offrir au vent tous nos messages. »

Ainsi parla le sage qui avait écouté les vents
Lui raconter l'origine des temps.

15 juin 2014

Lâcher-prise

La vie est une chose qu'on traverse relâché-e
Afin de n'pas gâcher tout ce qu'elle propose
Car à trop calculer on en oublie l'osmose
Qui toujours se compose de spontanéité.

23 juillet 2011

Insolente Quiétude

La nuit soulève des paillettes d'or.
Sous les vœux, des paillettes d'or crépitent.
- Paillettes ou pépites ?

La nuit, les étoiles chantent.
Lésé, toi ? Elles chantent et montrent la voie.
- Lactée ou poussiéreuse ?

La nuit, crémeuse, entend craquer sous ton pied
Les chemins de poussière, par elle illuminés.

La nuit fait rêver les dormeurs.
Ferrés, les endormis exhaussent leurs souhaits.
- Prières ou prophéties ?

La nuit, ceux qui la voient ainsi vivent heureux.
Heureux ceux qui la suivent : la voie de leur cœur.
- Murmure ou sifflement ?

La nuit raconte, elle chuchote des tas d'histoires
S'il fait trop noir, elle réconforte, redonne espoir.

Et quand la nuit accoste aux berges immaculées,
Et que paillettes se fondent en pépite,
Les chants se taisent, tu es sauvée
Car dans mes bras, t'es échouée :

Auberge miraculée. Tapis de fils d'or tissé. Et nos deux corps enlacés.