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30 novembre 2014

Voyage en Poasie

Pour moi, ce voyage n'est rien qu'un petit pas,
Pour toi, peut-être qu'il est trop lointain
Et que tu te demandes tout bas :
« La Poasie, c'est quoi ? »
Pour moi c'est un jardin de plaies et d'étamines
Et un terrain de guerre qu'on démine

C'est une petite oasis dans un pays voisin
Dans un pays sans frontières
Où rien n'est bridé par essence
Mais où chacun dispose de la liberté de faire
Faire de mots, faire de vers, faire de terre
Ou de métaux ; or, cuivre, argent ou fer
Les bâtiments, les animaux, les fleurs,
Les ouvrages qu'il lui plaît
Pour enfin l'ériger,
Le pays de lumière


La Poasie n'a pas de portes
Elle est ouverte à tous les âges
Aux quatre vents, aux souffles d'air,
Libre à chacun d'y mettre une barrière
Ou d'apposer quelques noms sur des cases
Cela ne change rien aux faits
Ni n'augmente ni ne diminue le sens
Qui s'offre à l'inconnue présence,
Et à la simple vue
De ce chant
Sur le papier

Et dans les champs de Bell'aurore
Tout pousse et fait des fruits
Beaux comme des trésors
Même sans vers, sans abeilles et sans bruits.


Novembre 2014

9 septembre 2014

Dialogue avec un poète

− Que fais-tu dans la vie ?
− Je suis de ceux qui cultivent l'ennui.
− Pourquoi ?
− Pour créer.
− Mais quel est ton métier ?
− Je suis un artiste.
− Alors tu ne fais rien.
− C'est faux, je fais un tas de choses passionnantes.
− Tu peins ou tu fais des films ?
− Aucun des deux, je suis poète.
− Qu'est-ce que tu fais alors ? Tu gagnes beaucoup d'argent ?
− Oh non, mais je peux te montrer ce que je fais.
− D'accord.
− Très bien, alors mets tes mains devant les yeux.
− Comme ça ?
− Oui, ne laisse pas passer la lumière. Maintenant que vois-tu ?
− Rien du tout.
− Mais encore, regarde mieux.
− Je vois l'intérieur de ma main.
− La paume de tes mains oui, regarde à présent les formes qui apparaissent.
− Que vois-tu ?
− Aaah, c'est beau. Je vois une montagne, des nuages…
− Alors tu as compris ce qu'est mon métier.
− Tu, tu regardes dans tes mains quand tu t'ennuies ?
− Entre autres choses, je voyage grâce à elles. Et j'essaie de faire voyager les autres par mes écrits. Elles sont mon guide et ma carte et leurs lignes dessinent le chemin sur lequel je m'aventure.
− Il y a beaucoup de gens comme toi ?
− Oui, toi aussi tu peux être comme moi si tu veux. Si tu n'oublies pas de te laisser guider par tes mains.
− Tu écris beaucoup ?
− Plutôt oui, mais seulement quand ma main l'a décidé.
− C'est quelle main ?
− La gauche, c'est la gauche qui écrit chez moi.
− Moi j'écris avec la main droite.
− La droite c'est très bien aussi.
− J'aime bien ma main.
− C'est un bon début petit frère. Je dois te laisser à présent, il faut que j'y aille. N'oublie pas de la regarder et de la laisser prendre le chemin de la feuille. Ta main sauras mieux que ta tête.

3 août 2014

L'origine du temps

Le sage se saisit des mots et conta à l'enfant :
« Depuis toujours il n'y a que deux temps
Celui d'hier et celui d'à-présent.
Ne te laisse pas croire à celui de demain
Car il n'existe pas ce futur incertain. »

Les yeux perdus dans le lointain ;
- Hier... est un continent froid, de glace recouvert.
- Hier... est un bloc d'images et de figures pâles.
- Hier... est gelé, inaccessible
Sauf à la chaleur voilée des souvenirs tangibles
Car la mémoire, avec ses mains tenant
De tout petits briquets,
Fait se mêler même pour un instant
Les terres arctiques de cette ère glaciaire
Dans l'éther mirifique du présent.

Tous les sens en alerte il s'écria soudain ;
- Aujourd'hui ! est une région chaude, recouverte d'argile
- Aujourd'hui ! se laisse travailler, modeler,
- Aujourd'hui ! est le seul jour accessible
Pour lequel on doive tout donner
Pour lequel il faille jamais œuvrer.

Puis l'air grave, il parla de demain ;
- Demain est une ville fantôme qui ne se laisse voir
- Demain n'est que vitesse folle, on ne le saisit pas
- Demain est le début de la paresse,
Une fuite en avant pour duper le présent.
Car ce temps-là n'existe pas !
L'esprit l'a inventé de toute pièces.

Et pour conclure il l'exhorta à penser aux trois grandes vérités :
- Hier était une terre fertile dans laquelle aujourd'hui a germé.
- Ce que tu fais aujourd'hui se retrouvera au jour de demain.
- Demain n'est rien de plus qu'un jour d'hui attendant d'être figé dans le cristal d'hier.

7 juillet 2014

L'origine du vent

Le sage expliqua un jour à l'enfant :

− « D'où vient le vent ? »
− « De la bouche des Hommes.
Cette force inconnue se lève, court et retombe,
Comme les Hommes.
Ainsi le vent s'élève dans les airs
Aux commencements des temps
Lorsque s'ouvre la bouche des humains naissants.

Puis il crie, craque, souffle, hurle et court à travers le monde
Les accompagnant tout au long de leur vie
Avec la force qu'ils lui donnent dans chacune de leurs paroles.
Dans leurs cris de rage et de douleur,
Dans le craquement de leurs os sur le fer,
Dans leurs souffles fatigués,
Dans leurs hurlements terrifiés
Et dans leur course effrénée pour la survie.
Le vent est une somme de tous les rugissements
Que poussent les hommes à chaque instant.

Sans lui, insectes et oiseaux auraient la vie facile et planeraient tout le temps.
Sans lui, les arbres au cœur tranquille ne résisteraient pas autant.
Sans lui, ni herbe ni roseau ne ploierait si dangereusement.

Or des semeurs de vent nous en sommes tous un peu
Et puisque le vent sème, lui-même, les spores éparpillés
Faisons en sorte de ne pas récolter
Les mauvais fruits que la tempête a rassemblés.
Crions de joie, rions ! Claquons nos mains, applaudissons !
Gonflons nos torses, allons ! Exclamons-nous, hourra !
Et courons dans les bois !
Que les arbres en soient témoins, et qu'ils le répercutent au loin :
La bouche des Hommes est le moyen d'offrir au vent tous nos messages. »

Ainsi parla le sage qui avait écouté les vents
Lui raconter l'origine des temps.

21 mai 2014

Le printemps

L'abeille sort au printemps
Pour aller faire son miel.
Elle va partout dans les champs
Sur des fleurs couleur arc-en-ciel.

Le soleil, lui, fait le beau temps
Dans un coin de ma feuille
Et tout le monde est content
Mes dessins attirent l’œil.

Les oiseaux sont chantants
Car ils battent des ailes,
Et dans le cerisier géant
Moi je monte à l'échelle !