8 juillet 2015

Caracolade

Le poème ci-dessous m'a été inspiré par le personnage de Caracole − et il faut dire qu'il y a de quoi −, troubadour merveilleux dans le non moins merveilleux roman "La Horde du Contrevent" d'Alain Damasio. Merci du fond du cœur cher auteur, pour ce roman !


T'as le vif hurtif Caracole
En verbe et contre tous
Tousse, crache, saute, vole,
T'es l'as des as,
Champion changeant, grand fol,
Ta verve est jamais lasse !

Tel un jongleur de sons cinglant l'élite
Tu souffles ce cas d'école
Caracole, macaque rieur et rimeur
Singeant ce rimailleur
Qu'on appelle Stylite ;
Écrase-le qu'on se moque !
T'as de l'air en stock et du vent par devant
Expire-le vite, lui laisse pas le répit de placer sa réplique
Vas-y mets-le en fuite !

               *    *
                  *

Et l'autre se carapate dans sa carapace
Car il est chassé par ce rapace
D'animal grammatical, feutré,
— Mais où est-il donc passé ?
Le voilà c'est Ornicar, la crécerelle carnivore,
Vive, qu'arrive et qui le dévore
Prête à l'équarrir ce carabin de rival
Ce pantin de carnaval
Qu'a rabattu son caquet sous l'escarmouche finale :
¿' « Je te tranche la carotide ! Avec ce mot, avec ce mot. »




6 juin 2015

À l'été qui vient

Furieuse flèche de feu
À travers
L'espace
Furieuse flèche de feu
Jetée en l'air
Tu passes
Furieuse flèche de feu
Boule de mystère
Sans trace
Furieuse flèche de feu
D'un héros solaire
Dépasse
L'écrin du firmament

Furieuse flèche de feu
Crépitant comme une comète
Furieuse flèche de feu
Dans le ciel
Flamboyant
Furieuse flèche de feu
Flamboyant
Dans le ciel

Tu tombes lentement à Terre
Sans jamais, sans jamais, sans jamais
Que ta pointe ne perce
La pellicule
Le manteau de poussière
Et pourtant, et pourtant
Furieuse flèche de feu
Tu t'émousses, faillis, te disperses
Tu t'écrases tel un pinceau solitaire
Furieuse flèche de feu
Sur la trame de fond
D'un ciel gris clair
Et puis
Sur l'horizon
Avec pour seule oraison :

Ci-gît ma mère que je rejoins,
Peut-être à demain.

06/06/2015

13 avril 2015

L'arbre-rêve

L'année dernière un gland est tombé en terre
Peut-être était-ce une graine, pas bien grande,
Et depuis, l'arbre rêve :

Il fait le rêve de la vie
Lui qui n'a qu'un faîte à trente centimètres,
Il rêve d'immensité,
Il rêve à l'évasion,
Il rêve à l'enracinement,
Il en rêve avec force
D'un nouveau décor,
Il y rêve si fort
À cette peau d'écorce,
Qu'il lui pousse une forêt tout autour.

Mais il rêve aussi d'art et d'immortalité,
Il rêve à un point de départ,
À une arborescence :
« Quelle est mon essence ? »,
Se demande-t-il plein d'innocence,
À l'aube de son existence.

De l'art pour l'arbre
À l'aube d'un hectare nouveau
Voilà ce qu'il lui faut

Il ne fait plus le rêve de la vie,
Il rêve la vie et la vit
Il vit sa vie, il vit son rêve
Il vit sur la rive d'un lac de rêves
Il vaque sur le rêve d'un lit de rives,
Et une petite annonce :
« Havre de paix pour hêtre en vie »
L'arbre rêve et l'herbe râvre,
À chacun son histoire
Dans une trêve sans jaloux.

If rêve de s'appeler Fil et chêne Échine
Mais on ne refait pas le monde avec des ifs et des chaînes…
Même en Chine le bambin du bambou rêve
À une famille-forêt de bric, de brocs et de bouts
Fidèles, semblables et rassemblés.

Debout il s'enracine sans le savoir
Cependant qu'il rêvade à l'infini,
À ses heures, autant qu'il peut
À travers le monde, au temps qu'il fait
Il rêve de rêvasion, l'arbre-rêve !

L'arbre rêve et s'évade autant qu'il reste ici,
Si seulement il pouvait vous le dire
Cela ressemblerait
À un poème comme celui-ci

a r b r e r ê v e
a r b r ê v e
a r t b r e f
a r t b r
a r b r

Arbre à l'orée des forêts, arborées d'art boréal.


09/04/2015