Quelques longues minutes accroupi dans un équilibre précaire entre l'esprit fixe occidentalement ancré sur l'occiput et l'enveloppe de chair vibrant d'une intensité rare. Je suis parcouru d'infimes tremblements musculaires : faire ou ne pas faire ? telle est la tension. Se jeter à l'eau ou rester en appui sur mille et une excuses qui s'accumulent telles les marches d'un escalier de secours ? Le vrai risque, le danger, c'est l'escalier derrière. C'est lui l'ennemi, le « reculer pour renoncer » et puis tu tombes sur une porte, celle de la cave aux regrets. Dire non à l'intensité qui s'étend, même si elle est terrifiante ? La désirer de tout son être, s'y abandonner ? À quoi cela tient-il ? Le désir de vaincre une peur tenace, presque primaire à la croisée des chemins : peur de l'inconnu et peur de l'inaction. Se surpasser, une fois pour toutes ! La profondeur, la densité, l'intensité, l'imprévisible et l'invisible de la vie à venir. Cette peur ne sera plus la peur de la vie. Pendant les dix prochaines minutes, je vivrai pleinement et intensément tout. La boule au ventre, les frissons sur l'échine, la tête tendue vers l'inconnue dimension de vivre. La faim furieuse de l'énergie, tel un îlot à la dérive. Mes mains s'animent et repoussent la roche dure, leur chair rèche a une conscience. Je sèche de peur, je mouille de devenir. Et de plaisir inavoué. En cet instant je vis et je contemple, mort, mon double resté sur la berge. Je suis hors-temps, sans échappatoire, vivant dans l'infini présent. Dans le non-retour du sauteur sans peur et sans remords. Des lames bleues me crèvent les boyaux, couteaux acérés de la surface des mers, et le sel sèche ma viande qui se tortille sous le regard cuisant d'un soleil circonspect. Toutes les dix minutes, je me répèterai « je vivrai pleinement et intensément tout ».
28 août 2015
8 juillet 2015
Caracolade
Le poème ci-dessous m'a été inspiré par le personnage de Caracole − et il faut dire qu'il y a de quoi −, troubadour merveilleux dans le non moins merveilleux roman "La Horde du Contrevent" d'Alain Damasio. Merci du fond du cœur cher auteur, pour ce roman !
T'as le vif hurtif
Caracole
En verbe et contre
tous
Tousse, crache,
saute, vole,
T'es l'as des as,
Champion changeant,
grand fol,
Ta verve est jamais
lasse !
Tel un jongleur de
sons cinglant l'élite
Tu souffles ce cas
d'école
Caracole, macaque
rieur et rimeur
Singeant ce
rimailleur
Qu'on appelle
Stylite ;
Écrase-le
qu'on se moque !
T'as de l'air en
stock et du vent par devant
Expire-le vite, lui
laisse pas le répit de placer sa réplique
Vas-y mets-le en
fuite !
* *
*
Et l'autre se
carapate dans sa carapace
Car il est chassé
par ce rapace
D'animal
grammatical, feutré,
— Mais où est-il
donc passé ?
Le voilà c'est
Ornicar, la crécerelle carnivore,
Vive, qu'arrive et
qui le dévore
Prête à l'équarrir
ce carabin de rival
Ce pantin de
carnaval
Qu'a rabattu son
caquet sous l'escarmouche finale :
¿' « Je te
tranche la carotide ! Avec ce mot, avec ce mot. »
Catégorie :
Caracole,
hommage,
joute,
La Horde du Contrevent,
poème,
troubadour
14 juin 2015
6 juin 2015
À l'été qui vient
Furieuse flèche de
feu
À travers
L'espace
Furieuse flèche de
feu
Jetée en l'air
Tu passes
Furieuse flèche de
feu
Boule de mystère
Sans trace
Furieuse flèche de
feu
D'un héros solaire
Dépasse
L'écrin du
firmament
Furieuse flèche de
feu
Crépitant comme une
comète
Furieuse flèche de
feu
Dans le ciel
Flamboyant
Furieuse flèche de
feu
Flamboyant
Dans le ciel
Tu tombes lentement
à Terre
Sans jamais, sans
jamais, sans jamais
Que ta pointe ne
perce
La pellicule
Le manteau de
poussière
Et pourtant, et
pourtant
Furieuse flèche de
feu
Tu t'émousses,
faillis, te disperses
Tu t'écrases tel un
pinceau solitaire
Furieuse flèche de
feu
Sur la trame de fond
D'un ciel gris clair
Et puis
Sur l'horizon
Avec pour seule
oraison :
Ci-gît ma mère que
je rejoins,
Peut-être à
demain.
06/06/2015
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